Sumud – Résistance et résilience en Palestine

SUMUD est un mot arabe qui signifie stabilité et résistance. D’une certaine façon, il exprime bien la force de nombreuses Palestiniennes et Palestiniens de résister, de rester sur leurs terres sans se laisser déplacer tout en exerçant différentes formes de résistance active.

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Abu Sakar lors de la rencontre dans son village d’Hadidiya ©EAPPI/2015

La discussion que j’ai récemment eue avec Abu Sakar m’a fait découvrir un exemple vivant et concret de SUMUD. Nous l’avons rencontré sous sa tente à Hadidiya après un long trajet plein de soubresauts sur une route de campagne. En arrivant nous apercevons à notre grande surprise les jolies maisons de la colonie israélienne de Roi, juste derrière le village. La colonie israélienne a naturellement une autre route d’accès directe et carrossable.

Abu Sakar est un interlocuteur intéressant. Il nous fait le plaisir de partager ses riches expériences. Il commence par nous raconter l’histoire du village:

« Comme vous le voyez, je ne suis plus tout jeune. Mais je me rappelle encore bien de l’époque où je gardais les moutons ici. Lorsque mon père était enfant, il emmenait lui aussi paître les moutons sur ces prairies. Aussi loin que nous pouvons nous souvenir, nous avons toujours vécu ici. Nous avons les titres de propriété pour cette terre de l’époque ottomane. En 1967, 300 familles vivaient ici, elles étaient encore 50 en 1997 et aujourd’hui nous ne sommes plus qu’une poignée. »

Nous l’interrogeons sur les raisons du départ de ces nombreuses familles.

« Tous nos bâtiments font l’objet d’un ordre de destruction. De nombreuses maisons et étables ont été détruites. Lorsque les soldats ont détruit ma maison en 2002, ils ont également confisqué mon réservoir à eau. Ils mont dit que je pouvais le racheter si je quittais ma terre et signais un document qui stipulait que je ne reviendrai plus jamais ici. J’ai décidé de laisser le réservoir aux soldat israéliens. Car notre avenir est ici. Nous travaillons actuellement à un plan de développement du village pour montrer que notre décision de rester ici est sérieuse. »

Comment se passent les contacts avec les colons qui vivent à quelque 150 mètres à peine du village, lui demandons-nous. Avec un sourire, il raconte:

« Parfois des colons israéliens viennent ici avec des soldats israéliens afin de nous effrayer et de nous contraindre à partir. La dernière fois, c’était en octobre 2014. Ils sont entrés dans nos maisons. Dans ma maison, ils ont lancé le sucre et d’autres choses sur le sol. Ensuite ils sont repartis. Nous avons nettoyé et rangé la maison et racheté du sucre. Le monde ne va pas s’écrouler pour ça. Entre 2001 et 2011, ma maison a été détruite six fois par l’armée israélienne. A chaque fois je la reconstruis, toujours un peu plus près de la colonie. S’ils reviennent pour la détruire à nouveau, je la reconstruirai 50 mètres plus près de la colonie. »

Un des problèmes importants du village, selon lui, réside dans le fait qu’il n’y ait aucune école, ni dans le village ni dans les villages alentours. Il poursuit:

« Ma plus jeune fille a 7 ans, mon fils le plus âgé qui va encore à l’école, 14 ans. Ils vivent du dimanche au jeudi dans la ville d’à côté, Tubas, où ils vont à l’école. Parfois leur mère va avec eux. Mais souvent ils sont seuls dans l’appartement. Je me fait souvent du souci pour eux. Mais pour l’instant je n’ai pas d’autre solution. Je m’engage beaucoup pour l’école de Khirbet Samra, (voir: http://weihnachteninbethlehem.wordpress.com/2014/11/07/eine-dorfschule-braucht-eure-unterstutzung/) mais cette école a également reçu un ordre de destruction. J’espère vraiment que nous pourrons installer une école là-bas. »

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Rencontre à Hadidya entre Abu Sakr et l’équipe d’EAPPI ©EAPPI/2015

J’interroge Abu Sakar sur les nombreuses colombes que je vois dans son village, une image inhabituelle dans la Vallée du Jourdain. Il répond à nouveau en souriant:

« Les soldats israéliens ont menacé de détruire les étables pour mes moutons et mes chèvres. Alors j’ai commencé à élever des poules et des colombes. Et là-bas, j’ai planté des arbres. S’ils détruisent les abris, les poules et colombes pourront continuer à vivre sous les arbres et je les conserverai. »

Pendant toute notre conversation, Abu Sakar a souri. Une force tranquille se dégage de lui malgré toutes ces difficultés. Je lui demande ce qui lui donne la force de continuer à vivre ici, sur ses terres, la terre de sa famille et de ses ancêtres.

« Je n’aime pas la violence, ni en subir, ni en infliger aux autres. Ici, nous subissons régulièrement des actes de violence de la part des colons et des soldats israéliens. Ceci a fait grandir en moi une force de résistance, SUMUD. Je sais que je lutte pour mon droit, que je suis dans mon droit. Si tu sais que tu fais quelque chose de juste, alors tu trouves la force de le faire »

La pluie commence à tomber. Abu Sakar s’en réjouit. La pluie est très précieuse dans la vallée du Jourdain. Nous nous mettons toutefois rapidement en route, avant que la terre de la piste cahoteuse ne se transforme en boue. Mais avant de partir, nous remercions encore Abu Sakar de nous avoir fait découvrir un exemple vivant de SUMUD

Bettina, Vallée du Jourdain, janvier 2015

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