Des pierres pour la paix?!

Les émeutes observées dans la rue ces dernières semaines sont l’expression de la colère de nombreux jeunes Palestiniens contre l’occupation israélienne. La génération plus âgée a un avis partagé à ce propos. Alors que certains font preuve de compréhension, d’autres secouent la tête d’un air préoccupé et espèrent toujours une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien.

Ismail* a 18 ans et vient de Jericho. Il est allongé sur un lit de l’hôpital municipal et souffre d’une blessure à la poitrine. Il s’est fait tirer dessus la veille, lors d’un affrontement avec l’armée israélienne. Cet incident s’est produit après qu’il et d’autre jeunes Palestiniens ont lancé des pierres en direction de la base militaire israélienne située à l’entrée de la ville de Jericho. La provocation était délibérée. « Nous voulions montrer au monde ce qu’il nous arrive à nous et à notre terre. Les Israéliens ne sont pas prêts pour une résolution pacifique du conflit. C’est pourquoi il ne nous reste pas d’autre choix que de défendre nos droits de cette façon ».

Ismail fait partie de ces centaines – si ce n’est milliers – de jeunes qui sont descendus ces dernières semaines dans les rues de Jérusalem et des Territoires palestiniens occupés. Des affrontements violents avec les forces de sécurité israéliennes, des attaques au couteau qui ont causé d’innombrables blessés et morts des deux côtés. Ce regain de violence dans la région a été déclenché par la controverse autour de l’accès à l’Esplanade des Mosquées de Jérusalem, un lieu saint pour les musulmans comme pour les juifs. Le bruit court qu’Israël souhaite y restreindre l’accès pour les musulmans et l’élargir pour les juifs (NZZ). Selon plusieurs journaux, les jeunes qui participent à ces émeutes n’ont pas ou à peine vécu les deux premières Intifadas. Ils s’informent sur les sites web et les réseaux sociaux et n’appartiennent à aucun groupe politique tel que le Hamas, le Fatah ou le Jihad islamique. Ils agissent de leur propre chef et par imitation (NZZ, Le Monde). Le témoignage d’Ismail le confirme : ses amis et les autres jeunes de Jericho s’organisent via les réseaux sociaux et ils ne sont pas organisés à un niveau plus large.

Certains membres de la génération plus âgée comprennent les raisons qui poussent les jeunes à s’opposer à la situation. « Les jeunes ont été témoins de la manière dont leurs parents et grand-parents ont été humiliés et s’y opposent avec véhémence », explique Abu Sakr le doyen d’une tribu de bergers vivant au Nord de la Vallée du Jourdain. Un collaborateur anonyme de UNOCHA le confirme : « La génération des 15-20 ans a éprouvé 20 ans de négociations infructueuses (Oslo I+II, Camp David). La perte d’espoir liée à cette situation combinée à l’expérience qu’ils font de la pauvreté et d’autres traumatismes tels que la destruction de leurs maisons les incitent à jeter des pierres. Ce ne sont donc pas des coupables mais bien des victimes ». Selon Abu Hassan *, au autre doyen de tribu, la pression exercée par l’Etat d’Israël sur les Palestiniens est la source de cette éruption de violence. Shafiq Halabi partage cette opinion dans le journal le Monde : « Nos enfants voient les cas d’abus commis quotidiennement par des colons et soldats israéliens. L’occupation israélienne est la cause de la mort de mon fils Muhannad ». Ce dernier, âgé de 19 ans, a été tué par l’armée israélienne après avoir poignardé deux Israéliens début septembre à Jérusalem.

Malgré cette attitude compréhensive, un fort sentiment d’inquiétude pour la jeune génération est palpable. « En tant que parents, nous n’avons plus de contrôle sur nos enfants », dit Shafiq Halabi. Aïsha*, une dame d’un certain âge, vient de rendre visite à son voisin Ismail et confirme : la famille d’Ismail est très préoccupée. Ismail en est conscient : « Ma famille et les familles de mes amis veulent que nous restions à la maison. Ils se font du souci pour nous. Mais nous continuerons, tant qu’aucune solution entre Israël et Palestine n’est trouvée ».

Il y a également ceux de l’ancienne génération qui ne voient pas d’un bon œil les événements actuels. Aïsha ne comprend pas pourquoi les jeunes protestent de cette manière. « Cela ne sert à rien. Je veux juste la paix entre Israël et Palestine. » Abu Sakr partage cette opinion. D’après lui, les Palestiniens seraient simplement soumis à Israël. Il souhaite plutôt que la communauté internationale exerce davantage de pression sur le gouvernement israélien. Le collaborateur anonyme d’UNOCHA est aussi convaincu que seule une pression extérieure peut résoudre ce conflit.

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Abu Sakr neben der trockengelegten Dorfquelle©EAPPI/2015

Abu Sakr est convaincu qu’un changement en direction de la paix nécessite du temps et une autre forme de résistance que des pierres, des pneus incendiés et des couteaux : « je préfère le chemin pacifique, par lequel je peux juste rester sur ma terre ». Sa protestation a commencé en 1967 lorsque l’Etat d’Israël a essayé de chasser les familles de sa communauté par tous les moyens. Ainsi, les tentes et les étables du village ont été détruites à 13 reprises et leurs puits asséchés. Les familles de la communauté pastorale doivent se débrouiller avec 20 litres d’eau par personne et par jour. Les militaires s’entraînent chaque année dans la région environnante et arrête régulièrement des bergers durant plusieurs heures. Ceci sans avoir reçu d’ordre officiel. « En 1967, 300 familles de berger vivaient dans notre communauté. Aujourd’hui, il n’en reste plus que quinze. De nouvelles personnes abandonnent chaque année, mais moi je reste ».

Alors que les jeunes lancent des pierres pour la paix et la génération plus âgée ne sait qu’en penser, Hadj Sami Sadiq – le maire du village Al Aqaba – commente la situation de la manière suivante : « ne jette pas de pierre, c’est de la paix dont nous avons besoin! ».

Janine, Vallée du Jourdain, 26.10.15 (Traduction de l’article Steine für den Frieden?! par K. Hadj Saïd)

*Noms d’emprunt

Sources:

Article du Monde “En Cisjordanie, les orphelins d’Oslo « prêts à se sacrifier » du 12.10.15

Article NZZ  “Konflikt am Tempelberg” du 10.10.15

Article NZZ  “Aufstand der jungen PalästinenserInnen” vom 14.10.15

Informations supplémentaires:

UNOCHA Facts Jordan Valley

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