Bethléem- une histoire de Noël revisitée

Pour participer au recensement demandé par Hérode, Marie et Joseph ont suivi l’étoile des bergers et quitté Nazareth pour se rendre à Bethléem. S’ils vivaient aujourd’hui, en 2015, outre les difficultés du voyage et la grossesse de Marie, ils rencontreraient un autre obstacle, le mur.

C’est en 2002, que le gouvernement israélien a entamé la construction de cette « barrière de sécurité ». Aujourd’hui, elle sillonne le pays. A Bethléem, le mur sinue tel un serpent à travers la ville. Parfois sous forme de plaques de béton, parfois sous forme de barrière de haute sécurité. Terminé à 62%, il devrait d’après le gouvernement israélien protéger la population israélienne du terrorisme palestinien et, au final, englober la Cisjordanie.

Les 85% du mur tel qu’il est construit actuellement ne sont pas situés sur la ligne verte, la ligne de démarcation de 1967 reconnue par la communauté internationale. Le mur est construit à l’intérieur des territoires palestiniens et donc illégal du point de vue du droit international. Il est d’ailleurs deux fois plus long que cette ligne verte imaginaire et s’enfonce largement dans les terres palestiniennes. De cette façon, Israël s’approprie des terres et s’assure que les 85% des colonies (mais aussi des milliers de Palestiniens) habitent du « côté israélien ».

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Carte de UNOCHA – En rouge et violet, le mur. En vert, la ligne de démarcation de 1967 reconnue internationalement. En bleu les colonies israéliennes. En brun les territoires sous contrôle de l’Autorité Palestinienne.

Tout au long du mur, des checkpoints et passages agricoles ont été installés afin de permettre le passage des Palestiniens se rendant en Israël. Mais pour se rendre à Jérusalem Est (théoriquement en territoire palestinien mais de fait annexé depuis 1967 par Israël) ou en Israël, les Palestiniens doivent obtenir une autorisation (de travail ou d’étude). Ces autorisations sont aussi nécessaires lors de déplacements ponctuels, tels que des visites médicales, enterrements ou visites à des amis. Toutes les demandes ne sont pas accordées et, même en possession d’une autorisation d’entrée, les Palestinien-ne-s ne peuvent être sûrs à 100% d’être autorisés à traverser le jour en question.

Si l’on imagine Marie et Joseph se rendant à Bethléem, en 2015, ils devraient, s’ils étaient aujourd’hui des Palestiniens citoyens d’Israël originaires de Nazareth, demander une autorisation pour eux et pour leur âne pour se rendre à Bethléem une ville entièrement sous contrôle de l’Autorité Palestinienne. A l’aller et au retour, ils devraient traverser le Checkpoint 300 au nord de Bethléhem. Normalement, le passage aller, pour se rendre à Bethléhem, ne devrait pas poser de problème. Mais Marie et Joseph devraient laisser leur âne devant le checkpoint car l’animal ne pourrait traverser les tourniquets de sécurité.

Une toute autre histoire que le voyage du retour vers Israël. Imaginons que Marie et Joseph se mettent en route tôt le matin avec leur nouveau né en raison du long trajet jusqu’à Nazareth. Ils se retrouveraient dans une file d’attente vers quatre ou cinq heures du matin avec des milliers de Palestiniens, principalement des hommes, qui se rendent en Israël pour y travailler. Du côté de Bethléem, deux couloirs d’environ 100 mètres de long et grillagés mènent au premier tourniquet situé dans le mur. Le couloir de droite est le couloir « d’entrée ». Joseph prendrait celui-ci avec les autres hommes. Marie prendrait l’autre couloir de « sortie » avec Jésus, les autres femmes et les hommes âgés de plus de 60 ans. C’est ce dernier qui mène actuellement au passage « humanitaire » qui devrait assurer un passage plus rapide.

06-5 a.m. going to work in Israel, Bethlehem, M.Juillard
Checkpoint 300 à 5 heures du matin, photo: Marc Juillard

Avec un peu de chance, Joseph atteindrait le portique en quelques minutes. Chaque matin pourtant, ce tourniquet est fermé, parfois pour quelques minutes parfois durant plus d’une heure. Le couloir se remplit et les gens se pressent. Pour ne pas perdre trop de temps et arriver à l’heure au travail, de nombreux hommes escaladent les grillages ou se fraient un passage dans le couloir de sortie, espérant pouvoir emprunter ce dernier. C’est une des raisons qui explique que le couloir « humanitaire » soit régulièrement fermé.

Marie demanderait peut être l’aide d’un accompagnateur ou d’une accompagnatrice d’EAPPI qui se tiennent là quatre fois par semaine afin de compter les personnes et de documenter les incidents. EAPPI peut également informer « le numéro d’urgence humanitaire » lorsque des hommes de plus de 60 ans ou des femmes avec enfants sont bloqués ou refusés. Cette ligne est celle de l’armée israélienne qui surveille le checkpoint en collaboration avec les gardes de sécurités privés. La personne devrait contacter le responsable militaire sur place afin qu’ils laissent passer les personnes, mais cela est rarement le cas. Les observateurs/-trices tentent parfois de discuter avec les soldats. Parfois ces derniers acceptent un compromis, mais ils se réfugient généralement derrière les ordres reçus.

Une fois passé ce premier tourniquet, Marie, Joseph et Jésus traverseraient le « no mans land », un parking situé derrière le mur afin de rejoindre le contrôle frontalier. Ils seraient alors fouillés (à la recherche d’armes ou de couteaux). A nouveau, ils devraient se mettre dans une file, attendre lorsque des portiques ferment inopinément, se déplacer dans une autre file si leur portique ne réouvre pas. Puis vient le détecteur de métal. Enfin, dans dix cabines, des soldat-e-s contrôles les identités et autorisations. Marie, Joseph et leur nouveau-né devraient alors montrer leurs papiers, autorisations et empreintes digitales.  Si un-e soldat-e est d’humeur maussade, il se pourrait qu’elle/il leur refuse l’entrée, sans donner plus de raison. Quelques hommes et femmes tentent parfois de s’infiltrer dans la queue devant les cabines mais sont généralement repérés et renvoyés par les gardes de sécurité. A cet endroit également, des observateurs et observatrices d’EAPPI sont présents pour documenter le nombre de personnes refusées et les raisons invoquées.

Si Marie, Joseph et l’enfant parvenaient à traverser le checkpoint, ils se retrouveraient en Israël et pourraient reprendre leur route vers Nazareth – après avoir récupéré leur âne. Pour eux, l’aléatoire du checkpoint n’aurait été qu’un épisode unique. Pour des milliers de Palestinien-nes, il représente leur quotidien.

Janine, novembre 2015 (traduit de l’allemand)

Plus d’information sur le mur: http://www.ochaopt.org/documents/ocha_opt_barrier_factsheet_july_2013_english.pdf

D’autres informations et chiffres sur la situation en Cisjordanie (et Bande de Gaza) sur le site de UNOCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs in the occupied Palestinian territory): http://www.ochaopt.org

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