Ta’ayush ou une étonnante action de solidarité…

Ce matin, nous partons de nouveau avec notre chauffeur dans les collines du sud d’Hébron. Après une demi-heure de voyage sur des pistes cahoteuses – il faut éviter la belle voie rapide qui est réservée aux Israéliens et prendre des chemins de terre qui la contournent – nous arrivons presqu’en haut d’une large colline pierreuse à la maigre végétation. Notre chauffeur nous pose à côté d’un petit campement palestinien et nous invite à poursuivre à pied jusqu’au lieu de rassemblement hebdomadaire en haut de la colline où nous avons rendez-vous. Il fait souvent cela: rester en retrait pour éviter tout contact avec d’éventuels soldats de l’IDF1.

Après quelques minutes de marche nous arrivons tout en haut, sur une sorte de plateau, et nous découvrons d’un côté des champs soigneusement labourés, derrière, légèrement en hauteur, un avant-poste israélien, c’est-à-dire une colonie qui est illégale même au regard de la législation israélienne. De l’autre côté, sur un vaste espace mi-herbeux mi-pierreux, trois jeeps militaires israéliennes avec leurs occupants harnachés, une grosse voiture blanche israélienne et d’autres personnes, un mélange assez hétéroclite et bigarré: une quinzaine d’enfants et de jeunes palestiniens avec leurs parents, des militants de Ta’ayush (www.taayush.org), petit groupe israélo-palestinien qui soutient la lutte les Palestiniens contre l’occupation, ainsi qu’un caméraman israélien et un chien d’origine inconnue.

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Action de présence sur un terrain propriété d’un Palestinien aux pieds d’un avant-poste de colonie israélienne illégale ©EAPPI/2016

Le plus étrange, c’est que tout ce petit monde ne semble pas du tout s’opposer hostilement: les soldats discutent, s’appuyant nonchalamment contre leur jeep, certains s’ennuient ferme; un jeune Palestinien échange quelques très brefs mots avec l’un d’eux qui s’est approché – impossible de comprendre en quelle langue; les garçons jouent au ballon, et les filles avec des jeux dessinés dans la terre à l’aide de cailloux; les plus petits s’agglutinent avec leurs mamans autour d’un petit feu de bois sur lequel une bouilloire à thé est posée directement, se partageant des biscuits et quelques fruits.

Dès notre arrivée, on nous offre le café d’une bouteille thermos, c’est le propriétaire de ces terres lui-même qui s’approche de nous, nous souhaitant la bienvenue en arabe, et nous nous présentons: nous sommes la nouvelle équipe EAPPI. Les membres de Ta’ayush nous rejoignent également, sous la conduite d’Ezra, l’aîné, un juif originaire d’Iraq, dont le chef est couvert d’un keffieh palestinien – les apparences sont si trompeuses dans ce pays! Ils nous expliquent qu’ils ne sont pas une « organisation», mais un groupe d’activistes aux contours fluctuants: est membre de Ta’ayush celui ou celle qui participe à leurs activités à un moment donné…

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Un soldat israélien attend patiemment la fin de la « land action » perché sur un caillou ©EAPPI/2016

Mais qu’est-ce que c’est, cet étrange rituel auquel nous sommes venus assister? Il s’agit de ce qu’on appelle une «land action»: comme les terres de Palestine sont très facilement confisquées et déclarées «terres d’État» par l’État d’Israël, si les paysans n’habitent pas sur place, et ceci est le cas ici, car le fermier habite Yatta, il est important d’y faire régulièrement acte de présence, une manière de montrer que les terres sont ‘habitées’, appartiennent à quelqu’un (voir www.btselem.org pour plus d’informations). C’est ce que ces familles élargies font ici depuis plus de 15 ans tous les samedi matins, petit déjeuner sur l’herbe en compagnie de tous ceux et toutes celles venus les soutenir!

Mais les protagonistes les plus craints, et ceci peut-être par tous les groupes présents, sont absents: les colons israéliens. C’est shabbat aujourd’hui, un jour où ils aiment particulièrement conduire des actions violentes contre les Palestiniens, et nous apprenons qu’il y a eu des incidents très violents ici même pendant des années. C’est seulement récemment qu’une sorte d’accord de «coexistence pacifique» s’est instauré de façon informelle, mais ce semblant de paix est fragile, la situation est une poudrière, il suffirait d’une étincelle pour l’embraser.

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Le propriétaire du terrain discutant avec trois soldates isréaliennes ©EAPPI/2016

Le tableau est hallucinant à nos yeux de nouveau-venus: les enfants qui jouent au milieu des soldats lourdement armés, le propriétaire palestinien, apparemment tout à fait décontracté, qui parle avec le commandant israélien, les «internationaux» comme nous qui observent la scène, discutent en sirotant leur thé sucré, tout ceci au nez et à la barbe des colons qui n’ont qu’un objectif, s’accaparer au mépris de toutes les législations nationales et internationales et par tous les moyens d’une terre qui ne leur appartient pas.

Veronika, Yatta, janvier 2016

1 IDF: Israeli Defense Forces, armée israélienne

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