Duma: l’horreur continue

L’attaque atroce qui s’est déroulée à Duma, dans le nord de la Cisjordanie, le 31 juillet 2015 et qui a tué un bébé et ses parents a marqué les esprits¹. L’histoire a failli se répéter dimanche dernier: un cocktail Molotov aurait été jeté au milieu de la nuit dans la chambre du témoin principal de cette affaire.

Le 20 mars 2016, à 7h du matin, alors que notre équipe d’observateurs se rendait dans un petit village dans le district de Naplouse, nous avons remarqué que le village de Duma était encerclé par l’armée israélienne. Nous avons appelé notre contact qui nous a annoncé: « Ils ont essayé d’assassiner Ibrahim et sa femme en mettant le feu à leur maison ». Nous nous sommes rapidement rendu à Duma qui avait des airs de base militaire: des dizaines de jeeps militaires et de soldats israéliens avaient envahi le village et les gaz lacrymogènes embrumaient la route principale.

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A notre arrivée à Duma, des gaz lacrymogènes planent au-dessus de la route principale, 20.3.2016©EAPPI/2016

Devant la maison d’Ibrahim Dawabsheh, le spectacle nous laisse sans voix: des dizaines de Palestiniens dont les visages exprimaient de la tristesse, mais aussi de la colère et de la peur, étaient présents aux côtés de journalistes et de soldats israéliens armés jusqu’aux dents qui barraient l’accès à la maison.

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Soldats israéliens régulant l’entrée de la scène de crime, 20.3.2016 ©EAPPI/2016

La situation était très tendue: les soldats laissaient entrer au compte gouttes les membres de la famille et parfois refusaient l’entrée aux représentants de l’Autorité palestinienne. Un soldat m’a informée: « C’est une scène de crime, on ne peut pas les laisser rentrer, nous devons mener une enquête pour trouver les coupables ». Du côté palestinien, c’était un autre son de cloche, un vieil homme s’est approché de moi pour me dire: « Ils ne respectent rien – en parlant des soldats – même pas l’Autorité palestinienne. Ils n’ont rien à faire ici et de toute façon il n’y a pas de justice et il n’y aura pas de vraie enquête. Tout le monde sait qui a fait ça… »

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Ibrahim Dawabsheh donnant une interview pour la télévision palestinienne devant la maison, 20.3.2016 ©EAPPI/2016

La tension est montée jusqu’à ce que les soldats israéliens se retirent vers 8h30. Des affrontements avec les Palestiniens s’en sont suivis: de nombreuses pierres ont été jetées et d’innombrables bombes lacrymogènes et balles en caoutchouc ont été tirées. Afin de se protéger des gaz lacrymogènes, nous avons pénétré dans la maison qui, quelques heures auparavant, avait failli être le théâtre d’un nouveau drame. Les murs étaient recouverts de suie, le lit était brûlé et la pièce était jonchée d’éclats de verre et d’habits carbonisés.

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Salle de bain attenante à la chambre à coucher incendiée, 20.3.2016 ©EAPPI/2016

Après les affrontements, nous avons pu nous entretenir avec Bashar Dawabsheh, le frère de la victime qui était présent dans la maison, au rez-de-chaussée, au moment du crime. Il nous a décrit ce qui s’était passé:

« À environ 1h30, j’ai entendu du bruit. Mon frère et sa femme appelaient à l’aide. Je suis monté au premier étage et j’ai vu le feu et ma belle sœur par-terre, terrifiée, incapable de bouger ».

D’après un journaliste sur place, Ibrahim et sa femme, ont été réveillés par les pierres jetées pour casser la vitre, avant que le cocktail Molotov ne soit lancé. Bashar nous a également dit qu’Ibrahim et sa femme avaient été emmenés de suite à l’hôpital pour être pris en charge en raison de la fumée inhalée et de l’état de choc dans lequel ils se trouvaient.

D’après un autre membre de la famille, Nasser Dawabsheh: « La maison a été mise à feu pour envoyer un message à la famille et au village: ce témoin doit disparaître ».

A l’heure actuelle, les attaquants n’ont toujours pas été identifiés. Un communiqué du Shin Bet, l’agence israélienne de sécurité intérieure, affirme que pour l’instant, « les éléments recueillis sur les lieux ne sont pas caractéristiques des incendies criminels déclenchés par des Juifs »³.

Pour Ghassan Daglas, un responsable de l’Autorité palestinienne, il est pourtant évident que les colons israéliens sont responsables de cette attaque. Ibrahim Dawabsheh est en effet le témoin clé dans l’affaire de l’attaque qui avait causé la mort de Reham et Sa’ad Dawabsha, et de leur fils Ali, le 31 juillet 2015.

Cette attaque a été condamnée par le Coordonnateur des activités humanitaires et de développement des Nations Unies pour le territoire palestinien occupé, Robert Piper, qui a également demandé au gouvernement israélien d’agir rapidement:

« Je demande à Israël, en tant que puissance occupante, d’enquêter sur cet incident rapidement et de manière complète, de traduire les auteurs en justice et de prendre toutes les mesures possibles pour veiller à ce que les communautés palestiniennes vulnérables de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, soient protégées »².

EAPPI Yanoun

Image à la une: Duma, Chambre de Ibrahim Dawabsheh et de sa femme après l’attaque, 20.03.2016 ©EAPPI2016/Marie S

  1. Lors de cette attaque, trois membres de la famille Dawabsheh, un bébé de 18 mois ainsi que ses parents, étaient décédés de leurs brûlures à la suite d’un incendie causé durant la nuit par le jet de cocktails Molotov. La lenteur de l’enquête avait été dénoncée en décembre 2015 par l’ONU (http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=36196#.VvKb9vrl5_l)
  2. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=36869#.VvKbLfrl5_k
  3. http://www.theguardian.com/world/2016/mar/20/fire-west-bank-home-key-witness-duma-arson-attack-jewish-extremists-palestinian-family
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