Une nuit comme les autres à Azzun

« Ils ont pris Saïd*. Ils ont pris Saïd » répète sa mère. Cette nuit, à une heure du matin, les forces israéliennes ont fait irruption dans la petite maison de la famille Zamari*, à Azzun. Cette nuit, ils ont pris le garçon qui venait de souffler sa quatorzième bougie.

Juchée entre Tulkarem et Qalqilya, la petite ville d’Azzun attise bien des convoitises dans la région. La raison ? Son positionnement stratégique. En effet, la cité constitue un point de passage inévitable pour de potentielles colonies israéliennes alentour. A son insu, Azzun est donc devenue, depuis quelques mois, l’objet de visites répétées des forces occupantes.

Cependant, lesdites visites n’ont rien de courtoises. De nuit, principalement, les militaires israéliens s’invitent chez les locaux, perquisitionnant les demeures, embarquant les habitants les plus récalcitrants. Et les motifs de détention invoqués sont souvent les mêmes : « Votre fils nous a lancé des pierres ». La chanson est connue, désormais. Pour les azzunites, ces incursions  relèvent d’un secret de polichinelle : les forces israéliennes cherchent à décourager les locaux et les pousser progressivement à l’exil. 

Suhad* retient ses larmes. Cette nuit, ils ont pris Saïd. Cette nuit, ils sont venus pour son fils. Ils ont d’abord réuni les sept membres de la famille dans le salon, ont fouillé toutes les pièces, avant d’emmener Saïd. La famille Zamari a appris que le garçon était détenu dans une colonie de la région, et qu’il comparaitrait devant la cour suprême israélienne dans deux jours. Presque normal, ici, pour un jeune de 14 ans.

En effet, Saïd n’est qu’un cas parmi des dizaines. A Azzun, depuis deux mois, on dénombre pléthore d’arrestations. Et les plus jeunes ont à peine 12 ans. Saïd, lui, a été questionné au préalable sans assistance, sans avocat. Sa mère raconte que les militaires lui ont fait porter une cagoule au moment de l’emmener.

La suite ? Habituellement, le procès de ces jeunes hommes est repoussé. Eternellement. L’objectif inavoué est de les pousser à plaider coupables, verdict qui permet d’être relâché avec une moindre peine. Sans autres perspectives, les accusés et leurs familles décident bien souvent d’abdiquer. Pour retrouver la liberté, simplement. Le procès de Saïd, d’ailleurs, a été repoussé de deux semaines. Et ce n’est sans doute qu’un début.

*prénoms et nom d’emprunt

EAPPI / Tulkarem/Qalqilya / février 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s