Là où la police ne vient plus

En marge de Naplouse, le camp de réfugiés de Balata compte 30’000 habitants entassés dans un quart de km2. Chronique d’une jungle de béton rongée par la violence et la pauvreté.

Dans le labyrinthe du camp Balata, une voiture roule au pas, Kalachnikov fièrement posée sur le siège passager. Aussi habituelle pour les locaux qu’un vendeur de légumes, la scène interpelle. Le décor est planté.

Balata a vu le jour suite à la guerre israélo-arabe de 1948. Au fil des années, le camp d’infortune est devenu une ville dans la ville. Ses occupants proviennent pour la plupart de Jaffa, cité portuaire qui fusionnera avec Tel-Aviv en 1950. Depuis près de 70 ans, ceux que l’on appelle « réfugiés » espèrent un retour dans leur foyer. Dudit foyer, ils ont conservé la clé. Cette dernière constitue l’emblème des camps palestiniens. Elle illustre l’espoir commun nourri par des centaines de milliers de familles à travers la West Bank : celui de pouvoir débloquer la serrure et de retourner un jour chez eux.

A Balata cependant, le tableau est sombre et les lueurs d’espoir toujours plus clairsemées. « Ici, chaque maison compte au moins un prisonnier et une victime des forces israéliennes » raconte Ahmed, membre de l’association Project Hope, qui s’évertue à offrir aux locaux un brin de réconfort. Les fléaux présentent de multiples visages dans le plus peuplé des camps de réfugiés de Palestine. Entre prostitution, trafics d’armes et de drogue, les exemples d’inspiration sont moindres pour les milliers d’enfants trainant dans les rues.

Les aires de jeu demeurant inexistantes, les gamins tentent de tuer le temps et l’ennui dans ce dédale de béton. Mais même le ballon de foot semble crevé. Chaque famille compte ici entre 4 et 5 bambins. Les deux seules écoles – une pour les filles, une pour les garçons – entassent 45 élèves par classe. Les conditions de travail sont difficiles ? Doux euphémisme. Les associations actives dans le camp constatent en effet semaine après semaine l’ampleur des troubles psychologiques rencontrés ici par une génération d’enfants continuellement exposée à la violence des rues.     

Contrôlé par les gangs, Balata ne voit plus la police depuis de longues années. La dernière tentative des forces de l’ordre palestiniennes s’est terminée en fusillade meurtrière. Dès lors, les habitants s’autogèrent, avec l’énergie du désespoir. Les murs disent leur amour aux prisonniers enfermés loin du camp, certaines affiches glorifient ceux que les locaux appellent les « martyres ».   

Comble de l’ironie, les difficultés endurées par Balata font de ses habitants des citoyens en marge. En marge de Naplouse la belle, et de la société palestinienne, elle-même confrontée à de dures réalités. Ici, l’accès aux soins et à l’emploi relèvent du mythe de Sisyphe, et les méandres de la pauvreté baignent le quotidien des locaux, labellisés réfugiés de pères en fils, depuis trois générations.

EAPPI / Tulkarem/Qalqilya / Mars 2017

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