Archives pour la catégorie Nord de la Cisjordanie

La formation en Palestine

Yanoun est un petit village au sud de Naplouse et compte environ 80 habitants. Hala, une habitante du village, est la fille de Yassir et Wasfia. Elle est diplômée de l’Université de Naplouse en chimie appliquée. Son grand frère est ingénieur et travaille à Riad. Son petit frère étudie l’informatique dans la même université, et le plus jeune de la famille commencera ses études cet automne. La famille vit de l’agriculture, elle possède un petit troupeau de moutons, quelques poules et un petit terrain avec des oliviers. La formation est importante. Les chances de trouver un travail après les études est faible. Hala cherche une place de travail depuis dix mois. En attendant, elle produit des savons et des crèmes dans la maison de sa famille. Lire la suite La formation en Palestine

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Un public en quête de légèreté

Média local apprécié, Fajer TV & Radio se targue d’être le « numéro un » à Tulkarem, ville du Nord-Ouest cisjordanien. Un succès fondé sur une ligne éditoriale délibérément apolitique. 

Le logo est connu, l’enseigne reconnue. A Tulkarem, Fajer a pignon sur rue. Confortablement installée au 4ème étage de son building du centre ville, l’équipe est souriante, sûre de sa valeur et de la direction qu’elle emprunte. L’ambiance est au beau fixe, les locaux savamment arrangés. Et l’environnement d’évoquer davantage un plateau hollywoodien qu’un cadre palestinien.

Al Fajer TV & Radio a endossé depuis quelque temps le statut de leader en ville de Tulkarem. C’est ce que révèlent les audiences, du moins. Ledit statut, les 25 collaborateurs le revendiquent fièrement. Ici, la jeunesse de l’équipe n’a d’égal que son dynamisme et la recette de la réussite ne fait pas l’ombre d’un doute.

En effet, Fajer a relégué la politique au second plan, bouleversant les codes et habitudes en vigueur. Prudente et avisée, la direction sait pertinemment que certains débats demeurent foncièrement clivants. Afin de déjouer le traquenard, divertissement et information locale squattent l’entier de la programmation. Ou presque. Ici, l’occupation est aux abonnés absents et la ligne éditoriale est claire : miser sur un produit drainant un public en quête d’horizons affranchis.

Par définition, Fajerl’aube en arabe – se veut précurseur. Dès lors, l’équipe a parallèlement développé son succès via les médias sociaux. Si la chaîne de télévision a été fondée il y a 20 ans, la radio n’a été inaugurée qu’en 2014, répondant à une demande ronflante sur la toile. Facebook, YouTube, Snapchat, Instagram, Twitter : aujourd’hui le groupe mise gros sur ses diverses identités en ligne, animant abondamment ses réseaux que l’on dit sociaux.

Ensuite ? Des jeunes journalistes en vogue, nombre de personnalités locales et une image « cool » que Fajer cultive au quotidien. Du style de ses studios à la musique diffusée en radio, la marée bleue-violette en ferait presque oublier la lutte dantesque opposant les jaunes du Fatah aux verts du Hamas. 

Oui, diriger un média palestinien sans faire de l’occupation son cheval de bataille, c’est possible. Cependant, n’est-il pas politique que de s’évertuer dans l’apolitisme ?

EAPPI / Tulkarem/Qalqilya / Avril 2017

Là où la police ne vient plus

En marge de Naplouse, le camp de réfugiés de Balata compte 30’000 habitants entassés dans un quart de km2. Chronique d’une jungle de béton rongée par la violence et la pauvreté.

Dans le labyrinthe du camp Balata, une voiture roule au pas, Kalachnikov fièrement posée sur le siège passager. Aussi habituelle pour les locaux qu’un vendeur de légumes, la scène interpelle. Le décor est planté.

Balata a vu le jour suite à la guerre israélo-arabe de 1948. Au fil des années, le camp d’infortune est devenu une ville dans la ville. Ses occupants proviennent pour la plupart de Jaffa, cité portuaire qui fusionnera avec Tel-Aviv en 1950. Depuis près de 70 ans, ceux que l’on appelle « réfugiés » espèrent un retour dans leur foyer. Dudit foyer, ils ont conservé la clé. Cette dernière constitue l’emblème des camps palestiniens. Elle illustre l’espoir commun nourri par des centaines de milliers de familles à travers la West Bank : celui de pouvoir débloquer la serrure et de retourner un jour chez eux.

A Balata cependant, le tableau est sombre et les lueurs d’espoir toujours plus clairsemées. « Ici, chaque maison compte au moins un prisonnier et une victime des forces israéliennes » raconte Ahmed, membre de l’association Project Hope, qui s’évertue à offrir aux locaux un brin de réconfort. Les fléaux présentent de multiples visages dans le plus peuplé des camps de réfugiés de Palestine. Entre prostitution, trafics d’armes et de drogue, les exemples d’inspiration sont moindres pour les milliers d’enfants trainant dans les rues.

Les aires de jeu demeurant inexistantes, les gamins tentent de tuer le temps et l’ennui dans ce dédale de béton. Mais même le ballon de foot semble crevé. Chaque famille compte ici entre 4 et 5 bambins. Les deux seules écoles – une pour les filles, une pour les garçons – entassent 45 élèves par classe. Les conditions de travail sont difficiles ? Doux euphémisme. Les associations actives dans le camp constatent en effet semaine après semaine l’ampleur des troubles psychologiques rencontrés ici par une génération d’enfants continuellement exposée à la violence des rues.     

Contrôlé par les gangs, Balata ne voit plus la police depuis de longues années. La dernière tentative des forces de l’ordre palestiniennes s’est terminée en fusillade meurtrière. Dès lors, les habitants s’autogèrent, avec l’énergie du désespoir. Les murs disent leur amour aux prisonniers enfermés loin du camp, certaines affiches glorifient ceux que les locaux appellent les « martyres ».   

Comble de l’ironie, les difficultés endurées par Balata font de ses habitants des citoyens en marge. En marge de Naplouse la belle, et de la société palestinienne, elle-même confrontée à de dures réalités. Ici, l’accès aux soins et à l’emploi relèvent du mythe de Sisyphe, et les méandres de la pauvreté baignent le quotidien des locaux, labellisés réfugiés de pères en fils, depuis trois générations.

EAPPI / Tulkarem/Qalqilya / Mars 2017

Une nuit comme les autres à Azzun

« Ils ont pris Saïd*. Ils ont pris Saïd » répète sa mère. Cette nuit, à une heure du matin, les forces israéliennes ont fait irruption dans la petite maison de la famille Zamari*, à Azzun. Cette nuit, ils ont pris le garçon qui venait de souffler sa quatorzième bougie.

Juchée entre Tulkarem et Qalqilya, la petite ville d’Azzun attise bien des convoitises dans la région. La raison ? Son positionnement stratégique. En effet, la cité constitue un point de passage inévitable pour de potentielles colonies israéliennes alentour. A son insu, Azzun est donc devenue, depuis quelques mois, l’objet de visites répétées des forces occupantes.

Cependant, lesdites visites n’ont rien de courtoises. De nuit, principalement, les militaires israéliens s’invitent chez les locaux, perquisitionnant les demeures, embarquant les habitants les plus récalcitrants. Et les motifs de détention invoqués sont souvent les mêmes : « Votre fils nous a lancé des pierres ». La chanson est connue, désormais. Pour les azzunites, ces incursions  relèvent d’un secret de polichinelle : les forces israéliennes cherchent à décourager les locaux et les pousser progressivement à l’exil. 

Suhad* retient ses larmes. Cette nuit, ils ont pris Saïd. Cette nuit, ils sont venus pour son fils. Ils ont d’abord réuni les sept membres de la famille dans le salon, ont fouillé toutes les pièces, avant d’emmener Saïd. La famille Zamari a appris que le garçon était détenu dans une colonie de la région, et qu’il comparaitrait devant la cour suprême israélienne dans deux jours. Presque normal, ici, pour un jeune de 14 ans.

En effet, Saïd n’est qu’un cas parmi des dizaines. A Azzun, depuis deux mois, on dénombre pléthore d’arrestations. Et les plus jeunes ont à peine 12 ans. Saïd, lui, a été questionné au préalable sans assistance, sans avocat. Sa mère raconte que les militaires lui ont fait porter une cagoule au moment de l’emmener.

La suite ? Habituellement, le procès de ces jeunes hommes est repoussé. Eternellement. L’objectif inavoué est de les pousser à plaider coupables, verdict qui permet d’être relâché avec une moindre peine. Sans autres perspectives, les accusés et leurs familles décident bien souvent d’abdiquer. Pour retrouver la liberté, simplement. Le procès de Saïd, d’ailleurs, a été repoussé de deux semaines. Et ce n’est sans doute qu’un début.

*prénoms et nom d’emprunt

EAPPI / Tulkarem/Qalqilya / février 2017

Espoir démoli

Non, il ne s’agit pas d’un tremblement de terre, mais bien d’un appartement démoli durant la nuit par les militaires israéliens. Preuves en sont les marques de démolition sprayées sur le mur restant.

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Vers 1h30 du matin, le 3 mai 2016, une centaine de soldats israéliens accompagnés d’ingénieurs de l’armée sont arrivés vers un immeuble de huit étages, près du puits de Jacob à Naplouse. A l’aide de grosses foreuses, les ingénieurs ont détruit tous les murs intérieurs de l’appartement, ont enlevé les portes ainsi que les cadres des fenêtres. Ils sont repartis au bout de trois heures et demi, laissant derrière eux un amas de décombres et des câbles électriques pendant au plafond.

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Duma: l’horreur continue

L’attaque atroce qui s’est déroulée à Duma, dans le nord de la Cisjordanie, le 31 juillet 2015 et qui a tué un bébé et ses parents a marqué les esprits¹. L’histoire a failli se répéter dimanche dernier: un cocktail Molotov aurait été jeté au milieu de la nuit dans la chambre du témoin principal de cette affaire. Lire la suite Duma: l’horreur continue

Démolir pour détruire un peuple

2 mars 2016 : il est 6h30 quand quinze soldats de l’armée israélienne accompagnés de trois bulldozers entrent dans le petit village de Khirbet Tana. 2h30 plus tard, la quasi-totalité du village a disparu: les caves dans lesquelles les habitants résidaient, les étables pour les animaux, et même l’école.

Deux semaines auparavant, les autorités israéliennes avaient détruit les biens de six familles habitant le village. Cette fois ci, elles n’ont épargné personne.

Soldats israéliens bloquant la route menant à Khirbet Tana. ©Josefin/EAPPI/2016

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Aller-retour en Suisse

Après près de trois mois en terres palestiniennes, j’ai repris l’avion pour un court séjour en Suisse. Plusieurs sentiments s’entrechoquaient en moi, mais c’est certainement la joie de retrouver mes proches qui prédominait. La tristesse de quitter le Proche-Orient n’était guère de la partie dans la mesure où mon retour en Suisse n’était que temporaire.

J’avais entendu durant mon séjour de nombreux récits de fouilles et de longs questionnements lors de la sortie du pays. Cette perspective ne me réjouissait pas et j’ai passé le trajet dans le minibus qui m’amenait à l’aéroport à me mettre dans la peau d’un touriste venu profiter des charmes de Tel Aviv.

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Nord de la Cisjordanie

Depuis la construction du mur israélien, de nombreux agriculteurs peinent à obtenir des permis afin d’avoir accès à leurs propres terres. Ceux et celles qui les obtiennent ne peuvent souvent pas traverser les barrières agricoles et checkpoints afin de cultiver leurs champs dont ils sont séparés par le mur de séparation israélien. Des incursions et arrestations sont régulièrement effectuées par l’armée israélienne dans tout le nord de la Cisjordanie. La violence et le harcèlement des colons israéliens à l’encontre de la population civile est un problème qui prend une ampleur inquiétante. Certaines familles palestiniennes qui vivent dans le nord de la Cisjordanie sont également enfermées dans la ‘seam zone’, la terre comprise entre la « ligne verte » (la frontière internationalement reconnue lors de l’armistice de 1949) et le mur de séparation israélien qui est construit largement à l’intérieur des terres palestiniennes.

02.12.2014_Nazlat Isa_Monitoring access to education, school children pass through the checkpoint at Nazlat Isa_Peggy Brett
Une EA assure une présence au checkpoint de Nazlat Isa, un village situé entre le mur et la ligne verte proche de la ville de Tulkarem, pour s’assurer que les enfants vivant de l’autre côté du mur puissent se rendre à l’école ©EAPPI/2014

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